Fin connaisseur de ce tubercule qui fait désormais la renommée de l'île de Noirmoutier, Jean-Pierre Tessier, producteur de pommes de terre fraîchement retraité, livre les secrets d'une pomme de terre aux saveurs inédites :
"C'est à la fin du XIXème siècle que la pomme de terre a vraiment pris sa place sur l'île. Jusqu'alors, les paysans cultivaient principalement des céréales pour payer leur fermage et un peu de pommes de terre pour leur consommation personnelle. Ils faisaient eux-mêmes leurs plants ou en ramenaient de leurs échanges commerciaux avec d'autres régions.
Sur l'île de Noirmoutier, les maisons témoignent de ces traditions avec leur escalier extérieur le long du pignon pour accéder au grenier. C'est là que l'on plaçait les plants, la chaleur qui montait du foyer les aidait à germer.
Peu à peu, les meilleures plaines au nord de l'île [...] ont été réservées aux pommes de terre. Elles poussent à peu prés partout. Mais pour qu'elles soient belles, bien rondes avec la peau fine, il faut une terre sablonneuse qui se réchauffe mieux."
Et c'est à partir des années 1920 qu'un agriculteur ramena de Barfleur, dans la Manche, une nouvelle variété de pomme de terre. Elle s'acclimatera particulièrement bien dans les terres sableuses de l'île : on l'appellera la bonnotte.
"Remise au goût du jour pour ses saveurs inédites, la bonnotte avait pourtant été plus ou moins abandonnée dans les années soixante au profit de la sirtema, plus simple à récolter. Il faut en effet deux fois plus de temps pour la bonnotte car elle ne se ramasse pas, elle se cueille [...]. Avec son microclimat, l'île profite d'être épargnée par les gelées printanières et peut donc proposer plusieurs variétés de pommes de terre primeurs avant tout le monde."